Estimer un bien sans donner son e-mail, par comparables
Estimer un logement sans laisser son e-mail est possible, et la méthode n’a rien de secret : on part des ventes réellement signées autour du bien, on garde celles qui lui ressemblent, on les corrige pour les rendre comparables, et on en tire un prix au m² et une fourchette. C’est la méthode des comparables, celle des notaires et des experts, et c’est celle que Cadastra applique en la montrant. Ce guide l’explique étape par étape, avec un exemple chiffré, pour que vous puissiez la refaire vous-même ou juger celle qu’on vous propose.
Sur Cadastra : l’estimation par comparables.
Pourquoi tant de sites demandent un e-mail ?
Parce que l’estimation n’est pas leur produit : c’est un formulaire de contact. L’adresse et le numéro de téléphone que vous laissez sont transmis à des agences, qui paient pour les recevoir. L’estimation affichée est souvent une fourchette large, calculée sur un prix moyen de commune, et le vrai chiffre arrive par téléphone.
Il n’y a aucune raison technique à cela. Les ventes réelles sont publiques depuis 2019, la méthode est connue, et le calcul prend une fraction de seconde. Sur Cadastra, l’estimation est gratuite : trois estimations sans compte, puis sans limite avec un compte gratuit, créé avec une adresse e-mail que nous ne transmettons à personne. Rien de ce que vous saisissez n’est envoyé à une agence ni à un annonceur.
Étape 1 : choisir les comparables
Un comparable est une vente signée d’un bien qui ressemble au vôtre. La ressemblance se juge sur quatre critères, dans cet ordre :
- le type : un appartement se compare à des appartements, une maison à des maisons ;
- la surface, à plus ou moins 35 % : un 60 m² se compare à des biens de 40 à 80 m², pas à des studios ;
- le nombre de pièces, à une pièce près ;
- la distance : le même immeuble d’abord, puis la rue, puis le quartier.
Plus la ville est dense, plus on peut être exigeant : dans une grande ville, il y a souvent une dizaine de ventes comparables à moins de 300 m sur deux ans. Dans une commune rurale, il faut élargir à plusieurs kilomètres et à cinq ans, et la fourchette s’élargit avec.
Étape 2 : peser chaque comparable
Tous les comparables ne se valent pas. Une vente du même immeuble, l’an dernier, d’un appartement de même surface, en dit plus qu’une vente à 800 m, il y a quatre ans, d’un bien deux fois plus grand. Cadastra donne à chaque comparable un poids qui combine la proximité de surface (40 %), la distance (30 %) et la récence (30 %), réduit si le nombre de pièces diffère. Aucune vente ne peut porter plus d’un quart du poids total : une seule vente, même très proche, ne fait pas le prix.
Étape 3 : corriger vers les conditions du bien
Une vente d’il y a trois ans dans un quartier qui a pris 10 % vaut 10 % de plus aujourd’hui. Un comparable au rez-de-chaussée se vend un peu moins cher que le même bien au quatrième. Une étiquette énergie F ou G pèse sur le prix. Chaque comparable est donc ramené aux conditions du bien estimé : au prix d’aujourd’hui, à l’étage de référence, à une étiquette moyenne. Les corrections sont modérées, parce que les données mesurées sur des milliers de ventes montrent des effets plus faibles qu’on ne le croit : quelques pour cent pour l’étage, quelques pour cent pour l’énergie, et beaucoup moins que l’emplacement.
Étape 4 : le prix au m², puis la fourchette
Le prix au m² du bien est la médiane pondérée des comparables corrigés, pas leur moyenne. La différence compte : une vente en viager ou entre parents, 40 % sous le marché, déplace une moyenne de plusieurs centaines d’euros au m², et une médiane d’un rang seulement.
La fourchette suit la dispersion des comparables. Si tous se tiennent entre 4 800 et 5 200 €/m², elle est étroite ; s’ils vont de 3 500 à 6 500, elle est large, et il faut le dire plutôt que d’afficher un chiffre précis qui ne l’est pas. La confiance dépend du nombre de comparables, de leur dispersion et de leur ancienneté.
Un exemple chiffré
Un appartement de 65 m², trois pièces, au troisième étage, étiquette D, dans une rue où le fichier DVF montre huit ventes comparables sur deux ans.
| Comparable | Surface | Prix au m² | Distance | Ancienneté | Prix corrigé |
|---|---|---|---|---|---|
| Même immeuble | 62 m² | 5 100 € | 0 m | 8 mois | 5 200 € |
| Même immeuble | 70 m² | 4 900 € | 0 m | 20 mois | 5 050 € |
| Rue voisine | 58 m² | 5 400 € | 120 m | 6 mois | 5 300 € |
| Rue voisine, rez-de-chaussée | 66 m² | 4 600 € | 150 m | 14 mois | 4 950 € |
| Quartier | 75 m² | 4 800 € | 280 m | 10 mois | 4 850 € |
| Quartier, étiquette G | 60 m² | 4 500 € | 300 m | 4 mois | 4 700 € |
| Quartier | 48 m² | 5 600 € | 320 m | 22 mois | 5 500 € |
| Quartier, viager probable | 64 m² | 3 100 € | 200 m | 5 mois | écarté |
La vente à 3 100 €/m² est 40 % sous toutes les autres : elle est écartée comme atypique. La médiane pondérée des sept autres, après correction, est de 5 050 €/m². Le bien vaut donc autour de 65 × 5 050 = 328 000 €, dans une fourchette de 310 000 à 345 000 €. Un balcon, une cuisine refaite, une vue dégagée peuvent le porter au haut de la fourchette ; des travaux lourds le ramènent au bas.
Ce que l’estimation ne voit pas
L’état intérieur, l’exposition, la vue, le calme, le terrain d’une maison, les charges, les travaux votés. Une estimation par comparables est un point de départ chiffré, pas un avis de valeur : un professionnel qui visite le bien voit ce que les données ne contiennent pas. Elle ne remplace ni une expertise, ni l’avis d’un notaire pour une succession ou un partage.
Dans une commune où les ventes sont rares, la fourchette s’élargit et le dit ; il vaut mieux une fourchette honnête qu’un chiffre au millier d’euros près sorti d’une moyenne départementale.
Faire le calcul soi-même
- Tapez l’adresse et relevez les ventes du même immeuble et de la rue sur deux ans, même type, surface proche.
- Écartez les prix au m² très éloignés des autres.
- Ramenez chaque prix à aujourd’hui selon l’évolution du quartier, que la fiche affiche.
- Prenez la valeur du milieu, pas la moyenne, et multipliez par la surface.
- Gardez une fourchette de plus ou moins 5 % autour, davantage si les ventes sont peu nombreuses.
L’estimation fait tout cela en une seconde et vous montre chaque comparable avec son poids ; vous pouvez en écarter un et voir la fourchette bouger.
Sources
- Direction générale des finances publiques, Demandes de valeurs foncières, licence ouverte.
- ADEME, diagnostics de performance énergétique des logements existants, pour l’étiquette des comparables.
- Méthode et coefficients de Cadastra : page Avertissements, qui décrit ce que valent les chiffres calculés.
Estimer un bien à partir d’une adresse
Tapez une adresse, indiquez la surface et l’étage : l’estimation part des ventes réellement signées autour, vous montre chaque comparable et son poids, et se recalcule si vous en écartez un. Gratuit : trois estimations sans compte, puis sans limite avec un compte Free.